RIEN QU'UNE PRIÈRE

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La ville a déjà un petit air de fête. Les passants, les yeux brillants, vont et viennent, chargés de paquets de toutes sortes et de toutes couleurs.

Ce soir, c'est Noël et dans les rues illuminées, même les petits flocons de neige semblent rire et danser là-haut dans la lumière des réverbères.

Là-bas, sur la place, un gros marchand, derrière sa balance, vend un peu de tout, aux clients qui se pressent autour de son stand en plein air.

Pourtant, alors que chaque vitrine, chaque fenêtre déversent dans la rue des flots de lumière, là-haut, tout en haut de la maison grise, il n'y a qu'une petite fenêtre sombre qui ne semble pas participer à la fête.

Nous pourrions peut-être entrer dans la grande maison grise, monter l'escalier qui grince, et pousser la porte de la pièce à la fenêtre sombre. Tout est sombre dans cette chambre, seule sur la table, la lueur d'une pauvre bougie éclaire confusément les ombres. Devant la table, une femme est assise, tenant sa tête dans ses mains. Des larmes, silencieusement, coulent sur ses joues. Non, Anna n'a plus rien, plus rien à donner à ses enfants qui là-bas, dorment encore dans le grand lit. Oh, si elle avait seulement une orange, ce serait quand même un peu Noël pour ses petits. Son porte-monnaie est désespérément vide, et Anna n'ose quand même pas mendier. Ses pensées tristement s'envolent. Elle se souvient de sa maman. Sa maman lui a dit un jour qu'il y a un Dieu qui écoute la prière... Non, Anna n'a jamais prié. Pourtant, ce soir-là, sans bien savoir ce qu'elle fait, elle saisit un morceau de papier sale qui traîne sur la table et inscrit dessus une prière. Puis, toujours un peu mécaniquement, elle met sa prière dans son grand couffin d'osier, et la voilà dans la rue. La lumière, le froid, le mouvement l'étourdissent un peu. Mais elle marche vers la place, vers l'endroit où le gros marchand, toujours derrière sa balance, vend sa marchandise.

Elle prend place dans la file où chacun attend son tour. Plus que deux personnes devant elle... Plus qu'une... Et la voilà tremblante en face du gros marchand qui la regarde soupçonneux.

-- Dites, madame... avez-vous de quoi payer, car, vous savez, je ne fais pas crédit. Anna rougit et balbutie:

-- Je n'ai rien, rien qu'une prière.

-- Ah, ah, et c'est avec une prière que vous pensiez me payer? Le marchand rit, les gens rient aussi.

-- Allez, donnez-la moi, votre prière, on va bien voir ce qu'elle pèse.

D'une main tremblante, Anna tend le bout de papier sale sur lequel tout à l'heure, elle a écrit toute sa détresse. Le marchand a l'intention de bien s'amuser. Il a mis la prière d'Anna dans un des plateaux de sa balance et dans l'autre il pose une feuille de salade. La prière est plus lourde... Le marchand saisit alors deux mandarines et les pose dans son plateau. Non, la prière est quand même plus lourde... Oh, oh, je ne pensais pas qu'une prière soit si lourde. Il met alors avec les mandarines, du pain d'épices, et une brioche... Non, la prière est quand même plus lourde... Les autres clients se sont approchés pour mieux voir. Le marchand ne rit plus, attrapant des friandises, puis des jouets qui lui tombent sous la main, il les jette plutôt qu'il ne les pose dans le plateau de sa balance... Non, la prière est quand même plus lourde... De plus en plus gêné, le marchand attrape des choses lourdes, c'est une bûche de Noël et ce gros saucisson qu'il ajoute dans le plateau déjà bien plein... Non, la prière est quand même plus lourde... Le marchand ne rit plus du tout. Il remplit le plateau de marchandises jusqu'à ce que celui-ci déborde... Non, la prière est quand même plus lourde... Alors, ne pouvant plus rien ajouter, il verse le contenu de son plateau dans le couffin d'Anna.

Lorsque Anna, le coeur rempli de reconnaissance et de joie s'en est retournée chez elle, le gros marchand perplexe a retourné sa balance. Il a vu alors que dans le mécanisme était venue se coincer une grosse carotte. Il aurait pu mettre cinquante kilos sur son plateau, la balance n'aurait pas bougé.

Chers petites amis, la carotte coincée c'est une explication. L'autre explication c'est: "Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai." Psaume 50:15.

 


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